Vouloir protéger en cachant la vérité … et si cela faisait l’effet inverse ? 

Un réflexe compréhensible mais .. parfois contre-productif


Cacher la vérité : une intention pleine d’amour

Quand on aime un enfant, on veut naturellement le protéger.

La volonté de vouloir protéger un enfant est profondément ancrée chez l’adulte. Par bienveillance, il arrive que l’on atténue certains faits, que l’on repousse des explications, ou que l’on omette une partie de la réalité pour éviter une inquiétude jugée inutile. Ce réflexe, intuitif et légitime, part d’une intention claire : préserver l’enfant.

C’est un réflexe compréhensible.

Mais est-ce vraiment ce qui l’aide le plus ?


Quand cacher pour protéger fait l’effet inverse

Pourtant, cette protection peut parfois produire l’effet inverse de celui recherché. Les enfants perçoivent très finement les changements émotionnels, les silences inhabituels et les attitudes qui dévient du quotidien. Même sans disposer de toutes les informations, ils sentent que quelque chose se passe. Et lorsqu’il existe un décalage entre ce qu’ils ressentent et ce qu’on leur dit, ils comblent ce vide avec leurs propres hypothèses, souvent plus anxiogènes que la réalité.

Le manque d’information peut également les placer dans une position délicate : ils peuvent se sentir exclus, ou non considérés. Pour un enfant, ne pas comprendre ce qui se joue autour de lui peut être interprété comme :

« Si on ne me dit rien, c’est que je ne compte pas vraiment. »

À cela s’ajoute un enjeu relationnel essentiel : la confiance. Lorsqu’un enfant réalise qu’une vérité lui a été cachée, même avec de bonnes intentions, il peut en déduire que les adultes ne sont pas toujours fiables, ce qui fragilise le lien.


Ce que l’on observe en séance

En séance, il apparaît souvent que les non-dits ont des conséquences plus lourdes que la vérité lorsqu’elle est transmise avec des mots adaptés à l’enfant. Même sans explication claire, l’enfant perçoit ce qui se joue autour de lui. Lorsqu’aucun mot ne vient éclairer ce qu’il ressent, il comble les vides avec ses propres interprétations, souvent sources d’insécurité ou de culpabilité.

À l’inverse, raconter à l’enfant son histoire, sans masquer les éléments importants mais en les formulant de manière ajustée à son âge, peut déjà apporter un profond soulagement. Mettre des mots sur ce qui a été vécu permet de redonner du sens, d’apaiser les tensions internes et de libérer ce qui était porté en silence. Dire la vérité, lorsqu’elle est contenante et accompagnée, n’est pas un fardeau pour l’enfant : c’est souvent un soutien essentiel à son apaisement et à sa construction.


 La vérité adaptée : un pilier pour construire l’enfant

Dire la vérité ne signifie pas exposer un enfant à des informations brutes ou inadaptées. Il s’agit plutôt de lui transmettre une version accessible, cohérente avec son âge et sa maturité émotionnelle. En utilisant un langage simple, en offrant un cadre rassurant, et en restant disponible pour ses questions, on lui permet de comprendre ce qu’il pressent déjà intuitivement. Cette transparence adaptée renforce la confiance, soutient son développement émotionnel et lui permet de se sentir pleinement acteur de ce qu’il vit.

L’enfant n’a pas besoin de tout savoir, mais il a besoin de sentir que ce qu’on lui dit est vrai. Il n’a pas besoin d’une explication parfaite, mais d’un adulte stable, qui assume de nommer les choses et qui accompagne ses réactions avec calme et respect.


Comment dire une vérité difficile à un enfant ?

Voici quelques principes doux et efficaces :

Utiliser des mots simples

Parler de ce qui est vrai, sans détails inutiles

Rassurer : “Tu n’es pas seul, je suis là”

Accueillir les émotions : pleurer, poser des questions, se taire… tout est normal

Rester cohérent : la même version, calmement répétée si besoin

Les enfants n’ont pas besoin d’une vérité parfaite.

Ils ont besoin d’un adulte stable.


Conclusion

En réalité, protéger ne consiste pas à tenir l’enfant à distance des difficultés, mais à l’aider à les affronter avec des repères clairs et une présence sécurisante.

C’est dans cette alliance entre vérité, douceur et stabilité que l’enfant trouve les ressources pour traverser les situations difficiles sans se sentir isolé.

Protéger, ce n’est pas éloigner.

Protéger, c’est accompagner.

Article réalisé par Manon PEIGNET et Emilie OBERDORF

Manon Peignet
Author: Manon Peignet

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